Cantal : les tiers lieux à la campagne

Engagé depuis de nombreuses années dans le développement d’une offre de télé-centres à destination des grandes entreprises nationales, le département a su faire évoluer son approche et s’ouvrir à une population d’indépendants, de start-up et de salariés isolés , qui utilisent désormais ces espaces comme des tiers-lieux… mais au vert !

Le parcours de Fabien Miedzanowski, qui interviendra depuis Aurillac lors de la conférence consacrée aux tiers lieux, le 4 juin prochain,  par L’Atelier, est en lui-même un symbole. Arrivé du Lot voisin il y a une bonne dizaine d’années, pour reprendre la DSI du Conseil Général, il a vite été confronté au défi des réseaux à créer dans ce département rural. D’abord pour des raisons de compétences : en effet, ces collectivités ont notamment en charge les collèges, et leur donner accès à des débits acceptables pour leurs échanges informatiques, relevait alors de la gageure sur ce territoire très enclavé, et pas vraiment dans les priorités des opérateurs – l’historique en tête. D’où le développement de CyberCantal, avec le soutien de la Caisse des Dépôts et Consignations. Ensuite, parce que les élus ont décidé de faire d’une pierre deux coups,  en lançant une politique ambitieuse de développement d’une offre haut débit d’abord, très haut débit désormais. Leurs objectifs ? Connecter le Cantal au reste du pays, stopper l’exode rural vers les grandes villes en permettant aux travailleurs de la société de l’information de rester travailler au pays – voire de s’y installer. Et en filigrane, séduire de grandes entreprises françaises en leur proposant d’implanter des équipes de télétravailleurs dans les télé-centres nés dans l’aventure.

Sélectionné par la  Datar Massif Central dans un appel à projets portant justement sur l’implantation de télé-centres en milieu rural (2009, programme CyberCantal Télé-centre), le département a réussi ces dernières années à en créer une dizaine, à laquelle s’ajoutent deux annexes. Au total, ils proposent une cinquantaine de postes de travail répartis sur tout le territoire, dont la plus grande ville ne compte qu’une trentaine de milliers d’habitants (Aurillac).

Et Fabien Miedzanowski, nommé entre temps directeur général adjoint des services, a pris en charge fort logiquement le pôle attractivité du territoire. Une dénomination qui reflète bien le chemin parcouru. « Car la demande des entreprises n’a pas été au rendez-vous » reconnait-il. « En revanche, nous avons vu naître une demande différente, de travailleurs indépendants, de jeunes sociétés en croissance, ou encore de salariés isolés en télétravail. Tous recherchent le bon dosage entre vie à la campagne et convivialité, mais aussi la création de liens professionnels pour développer leurs projets respectifs ».

Tout ceci ressemble furieusement à la définition d’un tiers lieu, et le responsable cantalien ne se dérobe pas : « il a fallu faire évoluer notre offre, notamment en offrant des packs de services en sus de la disponibilité des postes de travail ».

Mais le Cantal veut décidément faire la course en tête pour un développement harmonieux de la société de l’information en milieu rural (Aurillac accueille d’ailleurs depuis dix ans le salon Ruralitic, consacré à cette thématique). Il a donc passé un accord avec Pôle Emploi pour proposer des formations spécifiques pour les télétravailleurs. Car, même si les grandes entreprises n’ont pas franchi le pas de la délocalisation en Auvergne, certaines d’entre elles choisissent tout de même, plutôt que de laisser partir ceux de leurs salariés obligés de déménager suite par exemple à la mutation d’un conjoint, de leur ouvrir la possibilité du télétravail. « Nous mesurons donc, depuis plusieurs années, un accroissement progressif de la part des salariés dans la fréquentation de nos télé-centres. Elle atteint désormais presque 50% ». Soit huit fois plus que la moyenne nationale, estimée à environ 6%.
Vous avez dit laboratoire ?