Tiers Lieux : une offre déjà foisonnante, et de nouvelles gammes à venir

Il y a désormais près de 500 espaces – co-working, Fab Labs, Hackers Lab – en France, dont une majorité en région parisienne. Si les collectivités ont porté le mouvement à l’origine, grâce à de nombreuses subventions, les grands groupes privés prennent aujourd’hui le relais et s’apprêtent à ouvrir plusieurs dizaines de nouveaux espaces.

Les tiers lieux ne datent pas d’hier. Mais à l’origine, ils portaient d’autres noms. Au milieu des années 2000 par exemple, la Datar avait lancé un appel à projets pour la création de télécentres en milieu rural. Le département du Cantal fut l’un des premiers à y répondre, rappelle  Fabien Miedzanowski, DGA Pôle attractivité et territoire au Conseil Départemental.  « A partir d’une réflexion sur l’isolement rural, la disparition des services de proximité, nous avons d’abord travaillé sur les infrastructures réseaux, avant de développer une offre pour les télétravailleurs. Elle était plutôt destinée à l’origine aux grandes entreprises, auxquelles nous souhaitions proposer de créer des emplois en milieu rural. Mais ce sont finalement des indépendants, et des starts-ups, qui forment le gros des résidents de la dizaine d’espaces que nous avons créés sur tout le département ».

Un constat que dresse également Cedric Falgas, DG Stop & Work, une filiale de Regus (majoritaire), de la Caisse des Dépôts et Consignations et d’Orange. « Nous avons souhaité offrir, en grande banlieue parisienne, des services d’hébergement professionnel à l’instar de ce que propose Regus dans les grands centres villes et dans les quartiers d’affaires ». La première ouverture, il y a quelques mois, à Fontainebleau, devrait être suivie d’une autre, prochainement, dans la région de Beauvais. « A Fontainebleau, nous avons également le soutien des collectivités locales, qui ont notamment installé une pépinière d’entreprises dans nos locaux. C’est une synergie intéressante entre les politiques de développement économique publiques et celle d’un groupe privé ». Le DG de Stop & Works espère implanter plusieurs dizaines de ces centres à terme. Mais il prévient : « il ne faut pas que ce phénomène devienne une mode politique, ni un gouffre à subventions improductives. Tous les endroits ne sont pas propices. Si nous avons choisi Fontainebleau et rencontré le succès, c’est parce que nous solutionnons pour de nombreux travailleurs la question de leurs temps de déplacement sur Paris. Mais nous aussi, nous constatons la frilosité des DRH. Pour l’heure, la plupart de nos résidents ont eu des démarches individuelles ».

Mêmes ambitions chez Bouygues Immobilier, qui vient de lancer son projet NextDoor avec une première implantation à Issy-les-Moulineaux, dans d’anciens locaux de Canal Plus. Et parmi les grands acteurs décidés à s’engouffrer dans la brèche, les chaînes hôtelières (le Groupe Accor par exemple), frappent également à la porte.

De quoi nourrir la réflexion, en cours aujourd’hui, de Jérôme Coutant, responsable numérique de la Société du Grand Paris. Cette structure, chargée de déployer à terme le grand métro qui encerclera Paris en reliant entre elles les banlieues des départements limitrophes de la capitale, a lancé l’année dernière un appel à manifestation d’intérêt (AMI). Près de 170 sociétés ou organismes contributeurs ont participé, et parmi leurs propositions, une grande majorité comportait un volet de création de tiers lieu, au niveau des nouvelles gare de la future ligne. « Il y a une vraie dynamique des collectivités locales, explique Jérôme Coutant. Et il suffit de se promener en banlieue – par exemple à Montreuil (93) – pour constater que certaines ont pris les devants ». Mais faut-il privilégier le développement d’une offre standardisée dans toutes les gares, ce qui aurait l’avantage de créer des réflexes chez les voyageurs et de faciliter leur accès aux services ? Ou au contraire cultiver la diversité des nouveaux tiers lieux, en laissant libre cours aux volontés locales de personnalisation et de spécialisation ? « La réponse est sans doute entre les deux.  Il sera de toute façon impossible de proposer la même réponse partout, compte tenu des différences de taille des implantations disponibles ».