Les entreprises doivent offrir un bouquet de tiers lieux à leurs salariés

A partir d’une étude réalisée avec une centaine de salariés fréquentant des tiers lieux pendant un an, LBMG Worklabs et le Centre d’études Michel Serres esquissent une typologie des utilisateurs. Ils proposent également aux entreprises de réfléchir à la diversité de l’offre faite à leurs salariés.

« Comme la plupart d’entre vous, comme un français sur cinq et comme 1,3 milliards de personnes dans le monde, je suis un travailleur mobile ». Ainsi s’est présenté Nathanaël Mathieu, fondateur de LBMG Worklabs, lors de la conférence consacrée par L’Atelier aux Tiers Lieux, le 4 juin dernier. « Mon domicile est à Nantes, mon entreprise à Paris. J’ai la chance d’avoir plus de 200 bureaux en France, et peut-être 50 000 postes de travail à ma disposition, dans des espaces de co-working ».

Une question de génération ?

Dès 2013, une étude auprès d’étudiants de l’ESSEC bouscule les idées reçues. Quatre vingt treize pour cent des futurs diplômés y souhaitent ne pas travailler dans un environnement classique. Ils préfèrent être chez eux (55%), dans des espaces de co-working (54%), dans les transports (35%). Et ils ne sont que 13% à accepter l’idée du bureau, de temps en temps. Ce souhait de mobilité s’avère puissant, notamment au sein de cette génération digitale émergente.

Nathanaël Mathieu insiste : « Les bureaux des entreprises ne sont occupés en moyenne qu’à 50% du temps, il y a donc des optimisations à réaliser. Pas seulement pour récupérer des surfaces louées, mais aussi pour penser le bureau de demain, en créant par exemple des bureaux partagés (corpo-working, NDLR), qui transforment ces espaces en tiers lieux internalisés, ouverts vers des acteurs extérieurs ».

Mais face à la diversité de l’offre (500 tiers lieux formels, plus des zones plus ou moins formalisées dans les hôtels, les gares, certains magasins, des stations services, des cafés, des bibliothèques…), les entreprises se sentent perdues. LBMG Worklabs a conçu pour elles le service Néo-Nomade qui se propose de mettre en relation la demande et les propositions d’accueil. « 84% de la demande porte sur les centres villes, dont 46% sur Paris ».

Près de cinq cent tiers lieux en France

En complément de cette base de données, la société s’est alliée pour réaliser, avec le Centre d’Etudes Michel Serres, une étude in situ, afin de comprendre plus spécifiquement les attentes des salariés. Certes, ils ne représentent encore que 10% des utilisateurs des tiers lieux, mais expriment toujours plus fort leur désir de bénéficier de nouvelles ambiances de travail. L’expérience en a concerné une centaine (85), issus de 4 entreprises, pendant huit mois en région parisienne.

« Les testeurs ont confirmé leur nouveau rapport à la mobilité, avec parfois des contradictions. Ils veulent à la fois vivre un nomadisme exacerbé et dans le même temps, pouvoir s’isoler de temps en temps ». La question de la qualité du lieu est également prégnante, chez des personnes habituées à un certain confort dans leurs entreprises. Là encore, il y a des paradoxes : ils veulent de la concentration, de la confidentialité mais aussi du contact !

Le confort et le réseau d’abord !

« Nous en avons sorti deux grands axes de travail, à la fois pour les concepteurs de tiers lieux et les entreprises, à savoir l’amélioration du confort des utilisateurs (diminution des temps de trajets, concentration possible sur les projets importants, disponibilité d’espaces très professionnels à proximité des domiciles) et la dimension réseau et émulation (il faut pouvoir développer ses relations, entrer dans un collectif).

Une famille avec cinq caractères marqués

Finalement, l’étude a permis de proposer une typologie à cinq familles de personnes fréquentant les tiers lieux :

  • Le casanier, qui peut travailler à son domicile et choisit plutôt des endroits calmes, où il peut s’isoler. Il ne cherche pas forcément le contact.
  • L’aventurier qui cherche une autre ambiance, et d’autres personnes que celles qu’il trouve dans son entreprise. Il veut, littéralement, sortir de sa boîte !
  • L’hyper nomade, le plus représenté dans l’échantillon. Il a besoin d’espace de travail pour une heure, pour un rendez-vous, pour taper un rapport… Très souvent, il s’agit d’un commercial qui, jusque là, utilisaient les cafés, voire leurs voitures pour ces moments précis, et qui gagnent ici nettement en confort.
  • Le coordinateur, qui a besoin de s’investir dans une démarche active de rassemblement
  • Le social enfin, qui cherche un lieu, et des gens avec qui se sentir bien

L’étude propose également d’autres chiffres (Voir l’article)

  • 54 % des utilisateurs expriment un bien- être au travail augmenté
  • 70% se disent plus efficaces
  • 64% ont vu leur temps de transport diminuer
  • Seulement 7% ont ressenti une baisse de leur lien avec le collectif de l’entreprise
  • 24% ont eu des opportunités de développement business
  • 85% souhaitent continuer à fréquenter des tiers lieux
  • 92% les recommanderaient à des proches

« Finalement, conclut Nathanaël Mathieu, cette étude illustre la diversité des attentes. Heureusement il y a en face une offre très riche. Mais pour les entreprises, cela crée une exigence : celle de comprendre en amont ces attentes, pour les satisfaire en proposant un éventail de solutions, plutôt qu’une approche monolithique ».