Tiers Lieux et entreprises : l’intérêt grandit, comme l’offre

Avec près de 500 tiers lieux répertoriés en France, une grande variété de localisation et de prestations, l’offre d’accompagnement des travailleurs en mobilité a de quoi séduire. Notamment les entreprises qui y voient, pèle mêle, l’occasion de tester le digital working, celle de repenser leurs organisations de travail et finalement la possibilité de séduire les générations arrivant sur le marché. Bilan et perspectives…

Le mot même ne s’impose pas encore. Tiers lieux ? Mais lorsque l’intervenant se met à décrire les fablabs, hackerlabs et autres espaces de co-working, les visages s’éclairent, comme pendant la dernière conférence organisée par l’Atelier sur ce thème. De plus en plus, les décideurs en entreprise se montrent intéressés. Pour les salariés, c’est déjà fait. Selon une étude réalisée par LBMG Worklabs, quand leur employeur leur permet de tester les espaces de coworking, ils sont 85% à vouloir prolonger l’expérience.

Un Bilan Positif, car l’offre se développe

Si les travailleurs comme les entreprises manifestent leur intérêt, c’est que l’offre, encore fragmentée il y a quelques années, se structure, se professionnalise et, tout simplement, s’enrichit :

  • En nombre d’abord: Près de 500 tiers lieux existeraient aujourd’hui en France, dont plus de la moitié en région parisienne. Les zones très urbanisées sont d’ailleurs surreprésentées, même si l’on note des initiatives en zones péri-urbaine (Fontainebleau, Nogent Sur Marne, etc), voire dans des zones rurales (département du Cantal)
  • Le Rôle des collectivités reste très important. A raison dans de nombreux cas, les élus aident au démarrage de projets locaux, mixant même comme à Fontainebleau des initiatives privées avec des préoccupations de développement économique relevant de leur compétence (implantation d’une pépinière d’entreprises). Ces subventions à l’amorçage ne doivent cependant pas masquer les difficultés à pérenniser certains espaces.
  • Mais des acteurs privés arrivent: Regus, avec sa filiale Stop & Work, mais aussi Bouygues Immobilier (Nextdoor ) ou encore Nexity (Blue Office ) se sont mises de la partie et entendent ouvrir chacun plusieurs dizaines d’espaces de coworking dans les prochaines années. Des groupements hôteliers ont également marqué leur intérêt.
  • Les thématiques se diversifient: finie ou presque la version unique de l’espace de coworking dérivée de l’esprit webcafé. Les offres se déclinent désormais selon des axes sectoriels (Biotechnologies, Technologies de l’Information, Industrie, Education…) mais aussi sur l’axe des services (accompagnement aux jeunes pousses, prototypage industriel comme à l’Usine IO).
  • L’offre de services se renforce : Cette dimension services devient d’ailleurs essentielle à l’équilibre économique des tiers lieux. Même si l’offre immobilière reste importante, avec des postes de travail disponibles à partir de 200 euros par mois, et des bureaux pour une petite équipe à partir de 800 euros mensuels.

La vision des entreprises est différente, mais incisive

Rien de plus logique donc à ce que les entreprises commencent à s’y intéresser, dans la continuité de leur réflexion sur le télétravail et le digital working. Cette réflexion emprunte plusieurs axes :

  • Un bonus immobilier: Compte tenu du prix d’un bureau à Paris (plus de 10 000 euros annuels par personne dans certains quartiers), et compte tenu de la vacance moyenne élevée de ce même bureau (estimée à 50% sur une année), les directions immobilières regardent d’un œil positif les perspectives de pouvoir réduite leurs surfaces louées en permanence, au profit de bureaux d’appoint, surtout pour des travailleurs déjà nomades par essence.
  • Animation et engagement: Les dirigeants sont également soucieux de renforcer l’engagement de leurs collaborateurs pour leur entreprise, ce qui peut passer, comme dans la société de services Agecys, par une réorganisation profonde des lieux et des temps de travail. Constante de toutes les approches : un souhait de favoriser la mixité des différentes catégories de collaborateurs, dans des espaces dédiés à l’échange et au partage
  • Attractivité: Les générations Y et les suivantes n’aiment pas l’idée de venir, obligatoirement au bureau pour travailler. De là à craindre qu’ils ne viennent pas du tout dans les entreprises qui n’ont que cela à leur proposer… Il n’y a qu’un pas et les DRH étudient des bouquets de solutions pour éviter cette pénurie de talents.
  • Des questions de droit à régler: Il faudra sans doute repenser les chartes d’entreprise, ou au moins renforcer la pédagogie autour des problématiques de confidentialité et de relation exclusive à l’employeur. Mais l’avocate Garance Mathias est confiante. Comme le sociologue Antoine Burret, qui travaille au sein d’un collectif à définir des règles de bonne conduite en matière de co-conception et de propriété des idées.
  • Une appropriation de l’esprit tiers lieux: LBMG Worklabs appelle « corpo-working, « cette tendance marquée déjà dans plusieurs entreprises, à vouloir ré-internaliser tout ou partie des concepts des tiers lieux au sein même de leurs locaux. Accenture ou Orange sont de celles là. Au passage, elles donnent parfaitement raison à Antoine Burret, lorsqu’il rappelle : le tiers lieu n’est pas qu’un lieu !

Finalement, les tiers lieux agissent comme un catalyseur de la réflexion sur le travail et son organisation, à l’heure du Digital Working. « En tous cas pour ceux des DRH et des dirigeants d’entreprises qui en ont la volonté » tempère l’enseignante chercheuse Emmanuelle Leon, Professeur de Gestion des Ressources Humaines, Directeur Scientifique du MS Management des RH et des Organisations ESCP Europe.  Le mouvement est-il inéluctable ? Spécialiste du télétravail et experte internationale, Nicole Turbé Suetens préfère nous annoncer que nous avons moins de dix ans pour réussir cette mutation. Alors, au travail ! Où que vous vous trouviez….